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Apprentissage 2.0 et dispositif de formation | Marcel LEBRUN

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Dans le cadre des 9èmes rencontres du FFFOD, portant sur le thème "La montée en puissance des formations numériques et les nouveaux défis de la formation", Marcel LEBRUN (docteur en sciences, professeur à l'Institut de Pédagogie universitaire et des Multimédias [IPM] de l'UCL) est intervenu sur le thème Apprentissage 2.0 et dispositif de formation (mardi 15 novembre 2011).

Ci-après, j'en retire quelques principes pour concevoir des formations et eFormations, puis quelques réflexions sur l'enseignement à repenser à l'ère numérique. 

 

1/ Des principes de base pour concevoir des formations et eFormations

"Apprentissage 2.0" ou pas, Marcel LEBRUN invite à appliquer, avant même toute réflexion sur les technologies, quelques principes de conception pédagogique de base. Car bien sûr les outils ne font pas tout : pour la réussite des apprenants, il faut y associer la pédagogie. 

 

1.1) Respecter le principe de cohérence pédagogique

En tout premier lieu, les formations et eFormations nécessitent d'aligner :

  • les objectifs / compétences / learning outcomes,

Marcel LEBRUN note qu'on peut s'appuyer sur la taxonomie de Bloom pour définir les objectifs. Toutefois, il invite à ajouter aux savoirs de cette taxonomie (1er niveau), les savoir-être (comportements, attitudes) et les savoir-devenir (faculté qu'a la personne de se mettre en projet, d'être créatif, etc.). Il note ultérieurement, s'appuyant sur la théorie de l'apprentissage connectiviste de George SIEMENS (qui "relit Piaget et Vygotski, mais à la lumière de l'ère numérique"), que :

"le savoir et le savoir-faire sont en train d'être dépassés par des choses qui semblent encore plus importantes, qui est le savoir-où et le savoir-quand. On n'est plus dans les connaissances déclaratives (je sais que), procédurales (je fais), mais on est dans les connaissances conditionnelles."

Il précise que les compétences peuvent quant à elles être formulées sous la forme "L'étudiant sera capable de..." suivi des "CCC : les Capacités, c'est le verbe (résumer, synthétiser, etc.) ; le Contenu ; le Contexte". Et que les learning outcomes doivent pour leur part être mis en place par des professeurs travaillant ensemble, puisqu'il s'agit de définir les acquis de l'apprentissage d'un ensemble de cours dans le cadre d'une approche programme (visant à rendre le programme plus cohérent).

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

  • avec les outils / méthodes,

Pour ce qui est des outils, Marcel LEBRUN invite à se méfier de ce qu'on dit sur "les jeunes" (mythe des digital natives...). Certes, on peut aussi leur appliquer un "CCC" : ils Communiquent, Collaborent, Créent ; mais :

"Les jeunes utilisent, c'est vrai, les technologies. Ils les utilisent pour l'amusement. Ils ne savent pas bien, mais pas bien, les utiliser pour apprendre. Et quand je me mêle de vouloir utiliser un Facebook ou un Twitter dans mes cours, ils n'aiment pas ! Ils n'aiment pas parce que 'Monsieur, ces outils-là, ce sont pour notre outil de loisir, etc. ; et vous vous venez le polluer avec votre enseignement !'"

Quant aux méthodes, elles gagnent à être actives (apprentissage par problème, recherche d'informations, études de cas, apprentissage par projet, etc.). Marcel LEBRUN définit les "méthodes actives" ainsi : 

"Elles sont ancrées dans des contextes actuels et qui font sens |...]. Elles offrent un large éventail de ressources. Elles mobilisent des compétences de haut niveau (ce qui ne veut pas dire qu'on néglige les compétences de restitution, d'application et de compréhension). Elles s'appuient sur des interactions. Et elles conduisent à la production de quelque chose."

Soulignant le désormais nécessaire apprentissage tout au long de la vie, l'importance de l'apprentissage informel, les modifications que les technologies sont en train d'opérer dans notre câblage cérébral, et s'appuyant sur des auteurs tels que Brown et Atkins (1988), il nous invite à regarder la formation "comme la mise à disposition de l'étudiant d'occasions où il puisse apprendre. Point à la ligne !".

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

  • et avec l'évaluation.

C'est ce qu'on appelle l'alignement pédagogique ou l'alignement constructiviste.

 

Lors de son intervention, Marcel LEBRUN a par ailleurs rappelé deux résultats de recherches sur la performance académique des étudiants.

1) Il y a un lien entre la manière dont les étudiants comprennent les buts et leur performance académique.

"[...] il faut communiquer ses objectifs aux étudiants. Et leur dire comment ils seront évalués. [...] Dites à vos étudiants quels sont les objectifs que vous mettez [...] ; s'il y en a quelques-uns [...] indiquez-les ; s'il y en a beaucoup, indiquez-les tous."

2) Il y a également un lien entre la performance académique et les conceptions que les étudiants ont de l'apprentissage. (Pensent-ils qu'apprendre c'est accumuler des choses ? Ou que c'est donner du sens, interpréter ? etc.) Ainsi, les conceptions que les étudiants ont de l'apprentissage ne sont pas à négliger.

 

 

1.2) Arrêter de transmettre des contenus, et plutôt mettre en place un dispositif... basé sur un modèle d'apprentissage !

Suite à un recensement, chez les auteurs, de ce qu'on entend par "apprendre" ("Écouter le professeur, acquérir des connaissances, accroître sa connaissance, mémoriser, comprendre, construire, stocker, acquérir des méthodes, commettre des erreurs, modifier ses représentations, dégager du sens, percevoir les relations, interpréter, interagir avec ses pairs, avec des personnes, se développer personnellement"), Marcel LEBRUN a souligné que chaque fois, dans les définitions de l"apprentissage" et de l"enseigner", il est question de contenus (savoirs, connaissances), de l'apprenant qui va se construire personnellement, mais aussi de gérer des dispositifs (méthodes, interactions, etc.).

Dans ce deuxième principe de base, résumant une pensée de Michel SERRES, Marcel LEBRUN invite :

  • à arrêter de transmettre des contenus,

"Arrêtez de transmettre. Tout est transmis."

Aujourd'hui, il y aurait moins besoin de préparer des contenus : Marcel LEBRUN préconise de laisser une large part à des ressources qu'on trouve sur Internet, contextualisées, que les étudiants peuvent regarder chez eux ; et à profiter de l'amphithéâtre pour faire des débats.

  • à plutôt mettre en place un dispositif de formation (trop souvent gardé dans l'implicite en formation à distance) ; le "dispositif" étant défini  par Marcel LEBRUN comme :

"des contextes, des ressources, des méthodes, des acteurs, des finalités"

  • un dispositif de formation qui soit construit sur un modèle d'apprentissage, la formation étant faite pour activer l'apprentissage.

Pour ce qui est de modèles d'apprentissage, Marcel LEBRUN a évoqué sa recherche faite sur les facteurs d'apprentissage, sur ce sur quoi un professeur peut jouer pour améliorer l'apprentissage des étudiants, rendre son enseignement plus efficace. Cette recherche s'est basée sur les travaux de PIAGET, VYGOTSKI et BRUNER ainsi résumés à très grands traits par Marcel LEBRUN :  

"Piaget [...], le constructivisme (C'est à vous de construire vos connaissances. Je ne peux pas apprendre à ta place.) [...]. Vygotski (On apprend avec les autres. Nous avons des savoirs qu'on transmet de génération en génération. Et les médias, les artefacts que nous créons sont des outils qui permettent ce transgénérationnel.). Bruner (Enseigner les savoirs sans donner le lien de ces savoirs avec le réel, c'est une peine perdue.) [...]"

Il en résulte un modèle pragmatique d'apprentissage, très simple, à cinq facteurs :

  1. l'information (les ressources, les connaissances que l'étudiant a déjà, les connaissances qu'il va acquérir, les connaissances qu'il va aller trouver ; le contenu ; etc.),
  2. l'activité (l'étudiant malaxe les informations, on lui donne des activités),
  3. la production (essentielle, l'étudiant devant être capable de démontrer qu'il sait, qu'il est capable de faire, etc.),
  4. avec ce moteur qu'est la motivation (qui va faire entrer l'étudiant dans le cycle de recherche d'information, de malaxage),
  5. et ce second moteur que sont les interactions (dans lesquelles est incluse l'évaluation, par exemple par le biais d'un feedback formatif).

​Marcel LEBRUN note qu'il est intéressant de croiser ces cinq facteurs du modèle d'apprentissage avec la définition de dispositif. Par exemple, "l'information peut être une information sur l'activité. Ça peut être une information sur le travail d'équipe. Ça peut être une information sur la production, et vice versa."

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

1.3) Appliquer un principe de variété

Les étudiants ayant des modes d'appréhension du réel et des styles cognitifs différents,, il est nécessaire de varier les méthodes.

 

1.4) Dans les dispositifs d'eFormation ou de formation hybride, reconsidérer les ressources et les interactions

S'appuyant sur les définitions de Daniel PERAYA sur le dispositif, Marcel LEBRUN rappelle que les dispositifs eLearning ou hybrides demandent de reconsidérer la médiatisation des ressources et la médiation des interactions.

 

 

2/ Repenser l'enseignement à l'ère du numérique

 

Pour Marcel LEBRUN, même si les recherches sur les méthodes actives etc. ont abouti à NSD (No Significant Difference),

"les technologies peuvent avoir un impact sur l'apprentissage [...]. Mais ça ne vient pas tout seulça demande [...] que les méthodes pédagogiques qui vont entourer les technologies changent également." 

Et il souligne que pour pouvoir vraiment mesurer l'impact des technologies sur l'apprentissage, il est nécessaire de faire évoluer les pratiques des enseignants (mais aussi les dispositifs de recherche)Il invite à profiter des technologies de l'information et de la communication pour repenser "cet enseignement traditionnel que nous traînons dans nos amphis depuis au moins six ou sept siècles", à imaginer des usages à valeur ajoutée des technologies. Il cite ainsi quelques exemples de pratiques repensant l'enseignement à l'ère du numérique : les classes inversées (flipped classrooms), l'évaluation entre pairs, des travaux de groupe, la réalisation de présentations s'appuyant sur un PowerPoint, ...

Il alerte toutefois sur le fait qu'un tel enseignement nécessite de faire une place à la réflexivité, trop peu présente dans les formations selon lui.

"C'est-à-dire que si on veut que l'étudiant apprenne à travailler en équipe, vous allez mettre en place des travaux de groupe. Oui, c'est bien ; mais ce n'est pas suffisant ! Il faudra prévoir la réflexion sur le travail en groupe, pour que l'étudiant acquière cette compétence à travailler en équipe."

De la même manière, si on leur demande une présentation s'appuyant sur un PowerPoint, il faut les y former.

"Vous ne devez pas y passer vingt minutes. Moi, je leur donne des documents que je trouve sur Internet, de brillants communicateurs, 'les 10 clés pour réussir' etc. Ils travaillent avec ça, ils utilisent ça. Je leur donne des conseils. Il faut accompagner vraiment les étudiants."

Par exemple, à l'aide d'une ressource telle que Life after death by Powerpoint (Don McMILLAN).

 

Sa réflexion sur l'enseignement 2.0 l'amène aussi, songeant au web 2.0 et à la profusion d'informations qu'il met à notre disposition notamment, à poser la question du nécessaire ordonnancement ou non de l'apprentissage

"Je me suis dit, [...] est-ce qu'apprendre, ce ne serait pas aussi faire naître l'ordre à partir du désordre ? Et donc, je ne dis pas qu'il faut faire ça tout le temps, mais qu'on a peut-être tort de vouloir donner des chemins d'apprentissage complètement balisés, fermés, etc. Je ne suis pas contre les balises ; j'affirme la nécessité des balises. [...] Mais malgré tout, pour moi, enseigner et apprendre, c'est définir des espaces de possibles, des espaces de liberté, avec des balises : des productions attendues de la part des étudiants, etc., etc., des critères d'évaluation."

En tout cas, pour lui il est certain que dans l'université de demain le rôle de l'enseignant va changer (celui des étudiants aussi), notant au passage :

"Le bon professeur, est-ce que ce serait celui qui explique les choses si bien que ses élèves comprennent ? Ou bien est-ce que c'est la personne qui rend les étudiants capables d'expliquer les choses et d'être compris ?"

 

 

Catastrophe ! Tous "condamnés à devenir intelligents" ?!

 

L'intervention de Marcel LEBRUN s'est achevée sur une citation vidéo de Michel SERRES (extraite de la conférence Les nouvelles technologies : révolution culturelle et cognitive, à l'occasion des 40 ans de l'INRIA, Lille, 11.12.2007), que je ne résiste pas à reprendre ci-après :

" Eh bien, je voudrais conclure par un mot : Catastrophique ! Les nouvelles technologies nous ont condamnés à devenir intelligents. C'est-à-dire : comme nous avons les savoirs devant nous, comme nous avons l'imagination devant nous, etc., mais oui, mais oui, nous sommes condamnés à devenir inventifs ! À devenir intelligents. [...] Nous sommes à distance du savoir, à distance de l'imagination, à distance de cognition en général. Et il ne nous reste exactement que l'inventivité. C'est à la fois une nouvelle catastrophique pour les grognons, mais c'est une nouvelle enthousiasmante pour les nouvelles générations. C'est-à-dire que, décidément, aujourd'hui le travail intellectuel est obligé d'être un travail intelligent et non pas un travail répétitif comme il l'a été jusqu'à maintenant."

 

 

 
 
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